Résistance au laminage de notre métier, réaffirmation de l’indépendance et de la pleine responsabilité de notre exercice.

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L’engagement

2019-01 L’engagement

 

L’engagement syndical, ou autre
Chaque année, lors de chaque AG, il est question de la difficulté à mobiliser les bonnes volontés.
Faire vivre un syndicat régional, sert avant tout à défendre une certaine approche du soin orthophonique.
L’orthophonie telle que nous la pratiquons, dans le respect du patient, de sa singularité, de son symptôme, en prenant le temps nécessaire à la rencontre, est mise à mal.
Que ce soit les instances nationales, ou les courants exclusivement cognitivistes, voire la société entière telle qu’elle fonctionne actuellement, tout nous pousse à aller vite, être efficace, recevoir le plus de monde possible., nous éloignant ainsi de nos priorités.
Les études d’orthophonie, les orientations qui se dessinent pour notre profession, tout nous alerte sur les changements à venir. Ne risque-t-on pas un nombre de séances déterminé par pathologie ? Une feuille de route pour un patient qui sortirait de l’hôpital ?
Comment sera assurée la formation des étudiants en neuro, en phoniatrie si les orthophonistes sont absents des hôpitaux ?
À quelle sauce seront traités, répertoriés, classés, hiérarchisés les troubles du langage écrit ?
Serons-nous réduits à établir des PAP pour les 2/3 de nos demandes ?
Il est plus que jamais nécessaire de rester informé, non pas pour refuser les changements, aménagements nécessaires, mais plutôt pour apprendre à lire entre les lignes, être en mesure d’agir quand ou dès que c’est possible si l’on veut défendre nos positions sur notre métier ; c’est le rôle d’un syndicat.
Or, pour qu’un syndicat, tout comme n’importe quelle association d’ailleurs fonctionne, il faut des bras.
Mais une équipe doit changer. Rien de pire que l’immobilisme, nous le savons bien. Quand rien ne bouge avec un patient, nous nous alarmons (nous nous ennuyons aussi). Le mouvement, c’est la vie.
Il en est de même pour les équipes qui font vivre un syndicat, il faut qu’elles changent, que des énergies nouvelles les nourrissent, que des idées neuves jaillissent.
Il est pourtant de plus en plus difficile de trouver des relais. Pourquoi donc?
Serait-ce une des conséquences de cette société de la rapidité, du plaisir immédiat, de la consommation sans frein, du « tout tout de suite » qui éloigne ainsi de la notion d’engagement?
On dirait bien que l’étau se resserre : de plus en plus empêchés de travailler selon nos valeurs humanistes, et en même temps privés des moyens de nous défendre.
On a envie de dire : « bien joué ! », La boucle est bouclée ….
Il s’agit alors de résister.
Un engagement à la FOF est aussi un acte de résistance. Hormis le travail à y faire, c’est aussi se positionner que d’adhérer à la FOF. On est là pour quelque chose : parce qu’on n’en peut plus de ces bilans chiffrés qu’on voudrait nous imposer, de ces presque injonctions des MDPH, parce que le travail en salariat est massacré, parce que les CMPP, structures chères à nombre d’orthophonistes pour la qualité de travail qui y est effectué vont disparaître, parce que bientôt, il n’y aura plus d’orthophonistes à l’hôpital : où apprendrons nous la neuro, alors,, la phoniatrie, la pédopsychologie ou pédopsychiatrie ?
Nous connaissons toutes ici assez bien les raisons de notre engagement, ce n’est pas faute de nous
être posé la question.
Alors, est ce le fait de devoir se positionner qui freine les bonnes volontés ? Pensée pessimiste.…
Pourquoi si peu d’orthophonistes sont-ils prêts à s’engager, à partager leurs aptitudes à penser ?
C’est du temps, certes mais quand-même, il en reste ! Et plus c’est partagé, moins ça en prend.
Partager le travail à la FOF, pratiquer l’orthophonie selon les valeurs défendues, se former, c’est
aussi et beaucoup penser.
Penser pour amener nos patients à penser par eux-mêmes, c’est là l’essence même de notre métier .
Qui veut venir penser avec nous ?
Toute pensée sera la bienvenue
A bon entendeur.…
Marie-Edith Fleutot, FOF BFC

L’appel des Appels: Stop au gâchis humain Refusons les évaluations comptables de nos métiers

Appel et pétition à signer en cliquant ici.

Nous, Conseil de l’Appel des appels, faisons notre le texte1 ci-après de Roland Gori et Marie-José Del Volgo publié dans Libération du 8 janvier 2019 et nous appelons à signer notre appel « Stop au gâchis humain ».

En effet que valent les politiques sociales et économiques qui, au nom de la raison budgétaire, ne tiennent absolument pas compte des maltraitances et des morts des humains abandonnés dans la rue, dans les EHPAD et jusqu’à l’hôpital produisant des catastrophes sanitaires et humaines ? La vulnérabilité des patients et des soignants, l’angoisse des familles et des professionnels, sont méprisées et rendues invisibles par une bureaucratie aussi féroce qu’inefficace. Ces violences symboliques et matérielles font le jeu des populismes et des extrémismes avec d’autant plus de facilité que la culture et l’information sont marchandisées sous l’effet des modes et du « présentisme », bradées comme spectacles éphémères et inconsistants. Cette obsolescence de l’humain est aggravée par un déclin des humanités, par un effondrement des dispositifs de formation à l’esprit critique et à la réflexion traditionnellement assurés par l’éducation, la recherche et la culture. Le lien démocratique et la pensée critique fondés sur le goût de la liberté et de la justice sont sacrifiés par des dispositifs d’intimidation sociale qui se prétendent « expertises ».

Ça suffit !

Il ne faut plus céder à la curatelle technico-financière des humains accomplie par ces pseudo évaluations qui ignorent délibérément le gâchis humain qu’elles produisent, la perte du sens de l’existence, la dévalorisation des vies, le désespoir et le malheur, au profit d’une logique de domination sociale. Aujourd’hui où, de nouveau, des printemps de colère et de désespoir émergent refusons ces pseudo évaluations, vecteur essentiel d’une politique de prolétarisation des métiers et de paupérisation des professionnels. Arrêtons ces impostures que sont les évaluations comptables et les fake news sur lesquelles elles s’appuient. Exigeons que les mesures de la valeur prennent en compte le coût humain.

 

 

« Face à l’hyper-libéralisme mondialisé et au gâchis humain qu’il produit, des violences radicales s’expriment, elles lui appartiennent. « Les hommes ressemblent plus à leur époque qu’à leurs pères » rappelait l’historien Marc Bloch. La nôtre ne fait pas exception. Qu’il s’agisse des révoltes sociales, des votes antisystème nationalistes et xénophobes, voire d’actes terroristes, la contagion affective d’individus de plus en plus isolés, désolés, joue à pleins tuyaux. L’opinion publique comme les foules numériques agissent par procuration, elles prélèvent sur les réseaux sociaux les informations qui leur manquent pour donner un sens et une cohérence à leur quotidien. Elles cherchent désespérément des moyens de sortir de l’apathie qui menace tous les régimes politiques lorsqu’ils deviennent orphelins des idéologies et des fictions qui font rêver les peuples. Le peuple n’est pas un donné sociologique, c’est un construit politique, un travail politique qui œuvre par des paroles et des actes symboliques pour sortir les humains du désert qui les guette dans les individualismes de masse. Le travail reste à faire, le peuple à se construire. Les Gilets Jaunes le cherchent désespérément, confusément, non sans se donner préalablement un Roi dont ils réclament la destitution. Cela ne suffira pas à faire un peuple, pas davantage que les spasmes et oripeaux des nazillons en carton-pâte auprès desquels les partis conservateurs de Droite comme de Gauche se déshonorent à prélever des slogans et des thèmes de campagne électorale faute d’idées politiques.

Dix ans après l’Appel des appels, nous ne pouvons plus nous contenter d’une pétition purement éthique. Nous alertions alors l’opinion publique et les responsables politiques sur les dangers sociaux et psychologiques d’une « casse » des métiers du soin, de l’enseignement, de la recherche, du travail social, de la justice, de la culture et de l’information qui, en introduisant une logique purement gestionnaire et technocratique, finissait par pervertir les actes de nos métiers. Les nouvelles formes d’évaluation qui sévissaient, et sévissent encore, singeaient les méthodes du management d’entreprise et finissaient par confondre la valeur d’un service rendu avec sa tarification monétaire. Cette normalisation technico-financière des populations a étendu les méfaits du taylorisme à l’ensemble des secteurs et des professions de la société, avec une mise au pas de nos services publics et de leurs professionnels trop longtemps récalcitrants à l’hégémonie culturelle de la marchandise et du spectacle. A la logique républicaine des missions d’intérêt général se substituait violemment un monde de compétences techniques et parcellaires prescrites par des « experts » et réalisées par des exécutants mis en concurrence permanente au nom d’une « rentabilité entrepreneuriale ». Aucun des événements qui se sont produits au cours de ces dernières années n’est venu discréditer cette analyse de l’Appel des appels qui a pris corps dans l’opinion.

Il nous faut maintenant des actes politiques, non plus un appel mais un cri : nous ne voulons plus de cette « casse » des services publics qui accroit les déserts et livre les citoyens à toutes sortes de prédateurs, marchands, sectaires ou terroristes. Les services rendus par nos postiers, nos soignants, nos policiers, nos magistrats, nos enseignants, nos chercheurs, nos journalistes… ne doivent plus être placés sous la curatelle technico-financière du profit immédiat, monétaire et à court terme. Nous disons : « Stop ».

Nous exigeons une égalité qui loin d’être un donné de la nature est l’œuvre des humains et de leurs lois. Ce désir de démocratie s’est exprimé par la colère des Gilets Jaunes autant que par une révolte sociale par procuration. Nous devons aujourd’hui prendre la parole dans l’espace public pour construire ce peuple français qui n’existe pas encore, ou à peine… La Ve République a vécu. La VIe ne saurait être décrétée par un programme électoral. Elle doit se préparer jour après jour, sur les lieux de vie, à commencer par les lieux de travail. Les nouvelles technologies bouleversent le paysage des métiers et des emplois. Le temps libéré par la technologie devrait être consacré à cette consultation démocratique qui ne saurait se réduire à une séquence de deux mois. Réhabilitons la parole et le débat contradictoire faute de quoi il n’y a pas de démocratie authentique, qu’elle soit directe ou représentative. Parler aujourd’hui au nom du peuple est une imposture. Le Peuple est à construire.

La fraternité est la seule valeur à même de « réconcilier ces sœurs ennemies que sont la liberté et l’égalité » (Bergson). La Démocratie a pour exigence première le « prendre soin », le prendre soin de soi et de l’Autre sans lequel il n’y a pas de vie qui mérite d’être vécue. C’est pour cela que nous ne devons plus laisser à la rue ces enfants, ces femmes, ces hommes, ces familles que notre République a les moyens de prendre en charge, et dont le coût sera moins prohibitif que les opulences financières, les obésités luxueuses que le laisser-faire politique du néolibéralisme a permis. A moins que le spectacle de cette misère ne soit partie prenante des méthodes d’intimidation sociale que le politique pratique depuis quarante ans. Le pays a les moyens de prendre soin de la vulnérabilité de ses citoyens.

Enfin, au moment où légitimement nous nous préoccupons de la crise écologique et de la catastrophe de l’anthropocène qui s’annonce, il convient de ne pas oublier qu’elle est la part émergée de l’iceberg. Comment l’humain pourrait-il mieux prendre soin de la planète qu’il ne se traite lui-même ? Toute révolution écologique qui ferait l’impasse sur cette interrogation conduirait à un échec. C’est une évidence. Inutile d’avoir des larmes de crocodile sur les méfaits des gaz à effet de serre lorsque dans la rue, dans les hôpitaux, dans les EHPAD et les lieux de travail nous laissons nos concitoyens « crever » de solitude et de misère pour limiter les « déficits » des services publics ou accroitre la performance de leurs employés. « Stop au gâchis humain ». Ce cri prend aujourd’hui le relais de tous les appels auxquels nous nous associons depuis plus de dix ans. » (Libération du 8 janvier 2019).

Revue Pratiques, où va la psychiatrie ?

Revue Pratiques de janvier 2019

La folie, comme toute aventure humaine, s’inscrit dans le contexte social et culturel. Dans nos sociétés de plus en plus compétitives, normatives et pathogènes, nombre de personnes perdent leurs repères jusqu’à présenter des pathologies du spectre psychiatrique
Depuis trop longtemps, une grande partie de nos déviants, voire de nos « fous », sont abandonnés à eux-mêmes. Ils peuplent les prisons, occupent les trottoirs, les gares et les couloirs du métro faute de soins et de places vivables pour eux dans la société.
Or, pour soigner, il faut savoir ce que l’on a à soigner afin de déterminer comment s’y prendre, d’où la question cruciale : quel est l’objet de la psychiatrie ? Selon la chapelle du pratiquant : psychanalyse, psychiatrie, neurologie, recherche en neurosciences, Haute autorité de santé, la nature de cet objet varie du tout au tout. Elle serait : psychique, mentale, androgénétique, neuro-comportementale, cognitive… Ceci conditionnant cela, le sens et la place accordés aujourd’hui au soin psychiatrique sont plus que jamais controversés.
L’accès aux soins se dégrade du fait de la disparition continue des hôpitaux de proximité et des reconfigurations incessantes des lieux de soin. La diminution du nombre de lits, le démantèlement de la psychiatrie de secteur, la réduction des effectifs, les démissions en chaîne des psychiatres aboutissent au manque de disponibilité des soignants pour prendre soin des patients. Il a fallu que des soignants, à bout de souffle, fassent la grève de la faim et grimpent sur les toits pour faire entendre leur voix.
La relation soignant-soigné est empêchée et dénaturée, se heurtant à l’injonction paradoxale de faire toujours plus avec toujours moins : soins sous contrainte, enfermement, contention, camisoles chimiques, protocoles… Le discours sécuritaire prédomine, enfermant les patients, les soignants et la société dans une méfiance réciproque… L’accueil se déshumanise, les urgences sont encombrées, les délais d’attente s’allongent… Les critères juridiques, gestionnaires, administratifs, économiques souvent sous couleur moralisatrice prennent le pas sur les critères authentiquement humains, thérapeutiques et éthiques. Comment, dans un tel contexte, accueillir un patient quand on connaît l’importance de cet accueil qui conditionne toute la suite et l’accompagner dans la durée ?
Comment pensée, praxis et politique peuvent-elles s’agencer au mieux afin de sauvegarder l’intérêt de tous ?
Avant que la folie ne gagne la société tout entière, il est urgent que ceux qui ont la prétention de nous gouverner ouvrent leurs yeux… Car comme le disait Lucien Bonnafé : « On juge du degré de civilisation d’une société à la manière dont elle traite ses marges, ses fous et ses déviants ».